Les vacances improvisées, septembre 2007

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Burkina Faso - Bobo Dioulasso
de Aminata puis Boubou, le 28-09-2007

Les vacances improvisées, septembre 2007

      

Nous sommes vendredi 14 septembre ; certains ont repris le chemin de l’école il y a quelques jours à peine. Il est huit heures, mon téléphone sonne : on m’annonce que la journée de clôture de la carte pastorale aura lieu le 3 octobre, c’est-à-dire en plein milieu de nos vacances au Bénin. Wallaye, que faire… une seule solution pour être présente le jour J, partir en vacances dès le lendemain !  Brans-le-bas de combat, je termine en vitesse tout ce que j’ai à faire dans mon bureau, je téléphone à tout le monde pour leur annoncer que je prends des congés. En fin de journée, Vincent et moi faisons le tour des dix pseudo-gares routières de Sévaré, c’est-à-dire tous les endroits d’où partent des engins roulants utilisés comme transport de voyageurs. A chaque fois, des rabatteurs nous sautent dessus en nous demandant « vous allez où vous allez où ? ». « Euh… à Ouaga*, non à Sikasso. Euh, on sait pas, peut-être à Bobo-Dioulasso »! Départ en vacances tellement précipité qu’on ne sait même pas où on va. La destination prévue à l’origine pour le mois d’octobre (le Bénin pour voir la mer !), semble difficile à atteindre par la route en moins d’un mois. Il faut en effet prendre en compte les pistes inondées, les ponts arrachés par les pluies torrentielles, les postes de douanes fermées la nuit, les bus qui ne circulent pas tous les jours, les mini-bus qui ne partent que tôt le matin, les pannes en tout genre, les attentes interminables pour que le bus se remplisse (car il ne va pas partir à vide), etc. Nous finissons par opter pour un bus qui part le lendemain après-midi pour Sikasso.

 * Ne dites jamais « Ouagadougou », si vous arrivez à le prononcer, vous passerez pour des ploucs. On ne dit pas non plus « Burkina Faso », mais « Bourkina ».  

Et voilà comment nous nous sommes retrouvés à une heure du matin dans la gare routière de Sikasso, sans vraiment savoir où nous allions dormir. On nous recommande un hôtel près de la gare ; comme ça, nous serons sur place pour reprendre le bus pour Bobo le lendemain (plus le droit de dire « Bobo-Dioulasso » maintenant, il faut parler comme les autochtones). Nous avons donc dormi dans ce qu’on pourrait appeler un « hôtel de charme » : clientèle exclusivement masculine, qui ne reste jamais une nuit entière, qui ne prend jamais de petit déjeuner, et qui ne râle pas quand les voisins font du bruit. Bon, il est 5h30 du matin, nous sommes déjà repartis !

 

Les trois heures de route qui nous séparent de Bobo passent bien vite ; la végétation est magnifique, les maisons n’ont pas la même architecture que chez nous, nous observons toutes ces nouveautés en silence. L’entrée au Burkina se passe sans problème, tout le monde a ses papiers, nous payons rapidement nos visas et nous voilà au « pays des hommes intègres » (c’est la traduction de « Burkina Faso », dans je ne sais plus quelle langue).

 

Bobo est une grande ville très agréable qui nous plait beaucoup : plus dynamique que Mopti, plus paisible que Bamako (et surtout moins polluée), plus festive que les villes maliennes. La température est agréable, il y a moins de moustiques, mais bon, quand il pleut, c’est aussi violent… Nous sommes logés dans un petit hôtel sympathique, situé en plein centre-ville à deux pas du grand marché, et surtout à 200 mètres de la grande mosquée de Bobo (quelle bonne idée) et à 50 mètres de l’hôtel de ville. Mais pourquoi la proximité de l’hôtel de ville peut-elle poser un problème ? Et bien figurez-vous qu’à la mairie, c’est comme à l’école : il y a une sonnerie pour vous appeler au travail, puis pour vous autoriser à rentrer chez vous. Il faut imaginer que cette « sonnerie » est semblable aux alertes des pompiers, donc pas très discrète. C’est comme ça que nous avons appris que les fonctionnaires burkinabés commencent le travail à 6h30 tous les matins. Après l’appel à la prière à quatre heures, sympa les vacances !

Cette semaine a été placée sous le signe de la culture et de la gastronomie. Commençons par les visites de musées : le musée provincial du houët possède de belles sculptures et nous avons vu deux expositions très intéressantes. Le musée de la musique n’est pas mal non plus, il y a de très beaux balafons (xylophones africains  que j’affectionne particulièrement), et une sympathique collection de tambours sacrés en tout genre. Ma seule déception est que l’on ne peut pas toucher aux instruments. Le seul que nous ayons pu essayer est un instrument qui est censé imiter le cri du lion ; il s’agit d’une calebasse sur laquelle on pose son index, recouvert de cendres pillées. Il faut ensuite frotter un petit bâton sur son doigt, posé sur la calebasse. Le frottement émet alors un grincement surprenant… Imaginez ensuite la scène : un bébé pleure, sa mère n’arrive pas à le calmer. Elle demande à sa sœur de sortir de la maison et d’imiter le cri du lion avec la calebasse, les cendres et le petit bâton. La maman dit ensuite à son bébé : « écoute le cri du lion, si tu n’arrêtes pas de pleurer, il va venir te dévorer ». L’enfant effrayé se tait immédiatement. Magique, non ? J’ai essayé de faire rugir le lion ; il y avait une petite fille de 4 ans à côté de moi, elle n’a pas eu très peur. Boubou non plus.

 

Passons au chapitre « gastronomie » : dans le centre de Bobo, on trouve une boulangerie qui s’appelle « La Bonne Miche ». Les boulangères sont habillées en boubous avec un tablier par-dessus, les viennoiseries sont délicieuses ; nous y avons pris tous nos petits déjeuners de la semaine. Le retour à Sévaré avec son éternel pain rassis nous a fait un peu mal… Autre spécificité de Bobo : on peut manger des spaghettis bolognaise avec du gruyère râpé ! Il faut rappeler que la bouffe malienne est assez dégueulasse et surtout qu’il est impossible de trouver du fromage, pour expliquer notre émerveillement devant ce plat ! On trouve aussi des avocats, des goyaves et des pommes cannelles, un fruit bizarre mais délicieux, introuvable au Mali.

  

Après une semaine passée à Bobo, nous retrouvons le Mali. Nous allons rendre visite à  Benjamin et Géraldine, un couple de volontaires qui habitent à Koutiala, une ville située à 140 kilomètres au nord-est de Sikasso, dans le sud du Mali.

Koutiala est une ville qui a connu des années prospères et riches pendant la colonisation lorsque le coton malien était exporté un peu partout. Aujourd’hui, il ne reste que quelques usines d’égrenage de coton, mais visiblement l’activité économique locale piétine… (« Oh la la, mais c’est difficile ici vraiment ; on est trop fatiguésDé ! »)

 

Autour de la ville, il y a encore plein de champs de coton en fleurs, c’est très joli. Comme nous continuons à faire les touristes, nos hôtes nous parlent d’une cascade qui se trouverait (d’après leurs sources) à un kilomètre de leur maison ; ils l’ont cherchée une fois sans jamais la trouver. Le lendemain, nous décidons de partir, à pied, en direction de la cascade de Sinsina avec de bien maigres indications. La course d’orientation n’est pas un sport comme un autre, il faut obtenir de bonnes informations ou avoir un bon sens de l’orientation. Malheureusement, Aminata, Boubou, Cécile et Vincent sont dépourvus de ce sixième sens…

Nous optons donc pour la pêche aux informations. La seule règle à retenir, c’est de ne pas se fier à une seule information.

Quelques exemples après 10 minutes de marche :

Boubou : « Vous connaissez la cascade de Sinsina ? C’est loin ? »

Un passant : « Bon… un peu »

B : « C’est dans quelle direction ? »

P : « par là, c’est toujours tout droit »

 

Après 30 minutes de marche :

B : « La cascade de Sinsina c’est bien par là ? »

Un autre passant : « [é] ! Wallaye, c’est loinDé ! »

B : « A bon ? Il faut combien de temps pour y aller à pied ? »

P : « Bon…en moto quand même ça ne vaut pas 30 ou 40 minutes d’abord »

 

Après 1h de marche :

B : « Bonjour, on cherche la cascade de Sinsina c’est bien par là ? »

Un autre passant : « je ne sais pas, je ne connais pas »

 

Après 1h30 de marche :

B : « Bonjour, on cherche la cascade de Sinsina c’est bien par là ? »

Un autre passant : « oui, c’est par là, vous contournez le village par la gauche et à la sortie du village vous tournez à droite et c’est toujours tout droit ! »

B : « C’est loin ? »

P : « Bon, en moto quand même ça peut aller »

B : « Et à pied, il faut combien de temps tu penses ? »

P : « A pied, je l’ai jamais fait d’abord mais ça vaut bien deux heures »

 

Après 1h40 de marche :

B : « Bonjour, on cherche la cascade de Sinsina c’est bien par là ? »

Un autre passant : « oui, vous allez rencontrer 3 plaques sur votre droite, à la troisième plaque vous tournez à gauche et vous arriverez à la cascade ».

  

Voilà comment en partant à 9 heures pour une ballade d’un kilomètre, nous avons marché pendant trois heures et demi pour trouver une cascade magnifique située à 15 kilomètres de Koutiala. Merci à tous nos informateurs ! Les vacances sont maintenant terminées ; après une nuit passée dans un bus russe des années 1950, nous sommes de retour à la maison.

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