14 jours au Mali

Récits de voyage > journal de voyage
Mali - Sévaré
de Alassane Coulibaly dit P'tit Jé, le 26-08-2007

14 jours au Mali

Je me présente ; Alassane Coulibaly, mangeur de haricots de père en fils. Doté d’un mystérieux frère jumeau prénommé Fousseyni -que je n’ai au demeurant pas eu l’occasion de rencontrer-, ma destinée m’a conduit à Torokorobougou, un dimanche à Bamako, en compagnie de mon épouse Mariam.

Immersion
C’est dans ce quartier de la capitale malienne que Mariam et moi avons fait nos premiers pas sur le territoire, logés à la même enseigne, la case de passage des VP (Volontaires Progrès). Accueillis par Boubou, fraîchement rentré d’une escapade sénégalaise avec de nombreux anecdotes et souvenirs en poche, nous faisons dès lors l’apprentissage du Mali en nous joignant au « grain » (comme on dit ici) des Coulibaly (de lointains parents). Ici le thé c’est pas comme ailleurs : 1 heure de préparation, et à peu près 10 secondes pour le boire sous les yeux attentifs d’une dizaine d’observateurs qui attendent le verre pour boire à leur tour. Et chaque premier thé, « fort comme la mort », est suivi d’un deuxième thé : « amer comme la vie », puis d’un troisième thé, « doux comme l’amour », tout ceci effectué à partir des mêmes feuilles et étalé dans le temps, balaise.
Après une dizaine d’heures de bus sans vitre pour rallier Sévaré, entourés d’un gros monsieur en rose qui chante Céline Dion, et d’un Boubou dont le tricot indigo déteint férocement sur la peau, Aminata nous accueille à la gare routière, et les vraies hostilités commencent.

Découverte
Apprentissage des négociations de bouts de chandelle, rencontre avec quelques milliers de vendeurs de rue proposant des produits « moins chers », familiarisation avec le bambara (dialecte +/- national) et le français malien (qui consiste à remplacer tous les « ch » par des « ss », tous les « j » par des « z »)… pas de quoi s’ennuyer à Sévaré. Ici on croise aussi pléthore de margouillats, des lézards fluos qui font des pompes sur les murets, sympa pour les touristes mais très banal pour les locaux.
Puis nous découvrons un peu que nos amis, expatriés depuis désormais une dizaine de mois, sont plutôt bien intégrés dans leur bourgade : il semblerait en effet que Boubou soit devenu adepte de la danse coupé / décalé, selon les dires de Mohamed, coiffeur r’n’b de Sévaré. Mais Boubou fait également son coming-out en révélant sa passion cachée pour l’aquarelle, passion que partage le papi de Cécile d’Habère Poche. Quand à la maison d’Aminata et Boubou, elle est bourrée de proverbes maliens dont l’authenticité a pu être vérifiée jour après jour.
A Mopti, qui est éloignée d’une quinzaine de kilomètres de Sévaré, nous visitons le port, le marché, le Bar Bozo à touristes, d’ailleurs envahi par les chasseurs de touristes (jusqu’à ce que la Mama du lieu n’arrive), et enfin le CADRM DRPSIAP (difficile à rivaliser en acronyme) où Aminata travaille, et où nous rencontrons Toumoutou, secrétaire au nom étonnamment proche de Tombouctou, sans que l’on puisse faire un rapprochement entre les deux.
Puis nous rencontrons Sani / Jean Paul (selon si l’on prend son prénom animiste ou chrétien), qui sera notre futur guide en Pays Dogon. Rendez-vous est pris pour le lendemain, à « 11 heures moins » comme on dit ici.

Les Peuls, les Dogons et le reste du Monde
La découverte du Pays Dogon commence à vrai dire par la visite de Bandiagara, village moitié peul, moitié dogon, dont l’accès principal est coupé suite à la chute d’un pont, dont les puits sont asséchés, et dont les habitations près de la rivière ont été détruites au cours de l’hivernage, pas mal pour un seul village !
Ah les Peuls et les Dogons, vaste histoire concernant ces deux peuplades, les premiers étant des éleveurs infiltrés un peu partout dans le pays, et les seconds des broussards que nous avons largement eu le temps de rencontrer les jours suivants… Boubou, Dogon dans son sang, mais à n’en pas douter Peul en devenir, pourrait mieux que moi vous raconter les contes initiatiques peuls. Les Peuls ont en effet instauré de mystérieux liens de sang entre les « frères même père même mère » (en fait ici on utilise cette expression pour différencier son vrai frère de son pote qu’on appelle son frère), et des liens de lait entre les « frères ». Cela consiste à dire que « mieux vaut mourir que de subir le déshonneur » si le déshonneur affecte ton lien de sang, pas évident à assimiler.
Les Dogons, eux, sont quand même plus funs, et se disent bonjour à peu près toute la journée, selon une salutation traditionnelle interminable de type « Sewô, Sewô, Woma Sewô, Yapô, Sewô, Sewô, Woma Sewô, Yapô ». Dans les villages, on peut trouver un peu partout des togounas, espaces en plein air rectangulaires protégés du soleil par des tiges de mil, et lieux favoris des vieux. Dans ces togounas, on ne peut pas se lever, de façon à ce que le lieu soit propice à la résolution des conflits et non à l’énervement ! Les vieux, en Pays Dogon, sont de fervents adeptes des noix de cola, espèces d’amandes en provenance du Ghana réputées immangeables ; le tradition veut ainsi que les touristes qui rencontrent les vieux leur fassent des cadeaux de noix de cola.

Trois jours en brousse
Le premier jour, nous partons de Dourou et faisons escale à Consogou, en haut de la falaise, sur le plateau dogon. Après une immersion au milieu des baobabs, des arbres de karité (produisant le fameux beurre de karité d’utilité cosmétique et culinaire) et des komous, arbres tropicaux d’apparence similaire au karité, nous découvrons la vue imprenable et impressionnante sur la plaine, et les dunes de sable végétalisées s’étendant jusqu’au Burkina (il y aurait d’ailleurs une piste secrète utilisée par les trafiquants pour rallier le Burkina depuis le Pays Dogon en évitant les douanes). Nous descendons ensuite la falaise, puis traversons le mil et les quelques cultures de sorgho poussant dans des zones d’eaux stagnantes (la ressemblance entre le mil et le sorgho est d’ailleurs à s’y méprendre), jusqu’au campement Sagara à Guimini, déjà bien connu de nos hôtes. C’est ainsi que nous nous endormons dans des huttes au milieu de nulle part, et que nous nous couchons avec les poules (mais au sens premier du terme !).
Le deuxième jour, direction Dioundourou sous un soleil de plomb, moitié à pied, moitié en charrette ! Comme de nombreux villages de la plaine, Dioundourou était autrefois localisé à flanc de falaise, et les habitants sont peu à peu descendus sur la plaine cultiver le mil plus facilement. Nous visitons l’ancien village en compagnie de deux jeunes. Le premier nous fait visiter sa case, remplie de choses rigolotes : coupures de presse, cahiers d’école, masque dogon traditionnel (jadis utilisé pour des danses locales qui semblent-ils n’existent plus que pour les touristes) ! Le second nous amène dans sa famille manger le tô, la bouillasse locale de mil. L’après-midi, nous visitons le marché, au sein duquel une mini mosquée côtoie un petit bâtiment pour boire en cachette, ma foi il en faut pour tous les goûts ! Nous goûtons également la bière locale de mil, chaude, diluée, et bien difficile à apprécier ! Puis nous prenons la route vers le campement de Yabaataalou, où nous veillons jusqu’à au moins 22 heures !
Enfin, le troisième jour, nous rejoignons Ende. Nous visitons l’ancien village, accompagnés par les explications minutieuses de Jean-Paul sur l’histoire du Pays Dogon en général. Jadis, les Pygmées animistes vivaient à flanc de falaise, quand les Dogons animistes arrivèrent. Après une discussion pacifiste, Pygmées et Dogons cohabitèrent, les Pygmées construisant des villages encore plus haut dans la falaise, et les Dogons prenant la place des Pygmées. Un jour, le Christianisme et l’Islam arrivèrent au Pays Dogon, et ce jour-là les Pygmées disparurent sans laisser de traces. La légende dit que lorsque le vent souffle fort au Pays Dogon, ce sont les Pygmées qui reviennent faire des sacrifices pour leurs Dieux… A Ende donc, l’ancien village est chargé d’anciennes traditions mystiques ; nous visitons la case du Hogon, chef de village qui, lorsqu’il prenait place dans sa case tout en haut du village, n’en redescendait plus jusqu’à sa mort. Chaque année, la dentition d’une chèvre sacrifiée servait à marquer l’année écoulée pour le Hogon (avaient-ils une dent contre les calendriers ?), et tous les 3 ans, le serpent sortait de sa cachette pour manger une chèvre et replongeait dans une léthargie de 3 ans ! La visite du Pays Dogon prend fin par un petit tour du « nouveau » village en compagnie d’Aminata et Boubou, tandis que la pluie fait enfin son apparition après une semaine de disette.

Actions - Réflexions
En fait au Mali il ne faut pas être surpris, pas être surpris de croiser un médecin portant une blouse de boucher « Intermarché », pas être surpris qu’un vieillard de la brousse te demande une aspirine, pas être surpris de réunir autour de soi 18 personnes et un âne quand tu joues tranquillement aux cartes sur une natte à Bankass, pas être surpris de croiser des motos « Tonda » (version chinoise des japonaises « Honda »), pas être surpris d’être l’attraction principale des enfants habitués dès la naissance à demander des cadeaux aux touristes : « Ca va, les bonbons. Ca va le bidon. Ca va le bic… ». Il vaut mieux également de ne pas regarder les gens faire la cuisine, et de façon plus générale refuser les propositions exotiques de bouffe ! Mais passé ce stade, ça se passe plutôt bien, et on ramène beaucoup de souvenirs et d’images merveilleuses du séjour… comme le coucher de soleil en pirogue sur le Niger : c’était très zoli ! Fin des hostilités avec passage par Ségou, avant de rentrer sur Bamako

’Kambé’ les amis, et rendez-vous très bientôt à Massalia Inch Allah !

retour aux autres articles du journal

 

Commentaires sur cet article

Ajouter votre commentairee

Dernieres actualités
13/11/2007 : Bibliographie de Boubou et Aminata
25/10/2007 : Jeune, beau et grand berger Peul cherche…
23/10/2007 : Moni is moni
21/10/2007 : We à Endé
13/10/2007 : Le rugbyman dogon
12/10/2007 : La fin du Carême
05/10/2007 : Vieux et Oumou
03/10/2007 : Hécatombe au marché de Sévaré
28/09/2007 : Les vacances improvisées, septembre 2007
02/10/2007 : Peul fiction
02/10/2007 : Et Sarkomence…
26/09/2007 : Bamako
26/09/2007 : Sévaré
26/09/2007 : Douentza
26/09/2007 : Gao


Autres liens :

Tags
14 jours au Mali - Sévaré - Mali -