Depuis mi-septembre, c’est le ramadan ; mais ici, tout le monde dit « carême ». Un collègue a essayé de me persuader de faire le carême pendant trois jours avec lui par solidarité ; manque de chance, je suis partie en vacances le lendemain. Je crois que de toute façon, si on ne croit pas en Allah, on ne réussit pas à jeûner toute la journée sans faire un malaise. Avec cette chaleur, je serais morte de déshydratation. Tout le monde vit un peu au ralenti, et les après-midi de travail ne sont pas très chargés… Tous les soirs, à l’heure de la rupture du jeun, Balikissa nous offre du somko, une boisson burkinabée à base de mil et de gingembre dont elle a le secret. En échange, nous leur donnons une poignée de dattes. C’est donc tout un rituel quotidien qui s’est institué pendant un mois. La fin du carême approche, et les préparatifs pour la fête commencent. Mais quand aura-t-elle lieu cette fête ? Pourquoi n’est-ce pas indiqué sur le calendrier comme les autres jours fériés ? Ah ah, « parce que nous sommes dans un pays archaïque », me dit un collègue malien. Il faut attendre de voir réapparaître la lune ; au bout de 27-28 jours de jeun, quand on voit la lune à la tombée de la nuit, cela veut dire que la fête aura lieu le lendemain. Il y a donc une commission spéciale à Bamako, qui fixe la date ; si une personne de chaque région du Mali téléphone pour dire qu’elle a vu la lune, la date est fixée au lendemain. Imaginez quand même que la veille, on ne savait toujours si la fête aurait bien lieu le lendemain !! Cela pose tout de même un problème : celui du bœuf. Je me suis cotisée avec les gens de mon service pour acheter un bœuf (vivant). Le comptable et l’informaticien sont partis au marché à bétail le plus proche pour chercher l’animal, qui a ensuite passé un jour ou deux à meugler sous la fenêtre de mon bureau. Le jeudi après-midi, alors que l’on ne connaissait pas encore la date de la fête, un boucher est venu et a égorgé le bœuf dans la cour de la DRPSIAP (là où est mon bureau). La tête est le morceau le plus prisé ; ensuite viennent le cœur et le foie ; au moins, je ne vais pas me battre avec mes collègues. Après avoir partagé la viande en 14 morceaux équitables, nous voilà repartis à la maison avec cinq ou six kilos de barbac fraîche. Mais si la fête n’a pas lieu demain, la viande sera tout gâtée, wallaye… Heureusement, la lune finit par montrer le bout de son nez et le doute est levé. Tous à vos marmites et sortez les beaux boubous ! Le lendemain matin, nous nous habillons avec nos beaux boubous en bazin tous neufs, et nous sortons pour présenter nos vœux aux voisins et aux amis, et pour leur offrir de la viande (parce que même si Boubou est un goinfre, on ne va pas tout manger quand même…). Autant dire que nous avons beaucoup de succès (voir photo). Balikissa a préparé la viande et les spaghettis (plat de fête !!), garanties trop cuites et archi-grasses. Imaginez qu’on lui a prêté notre bouteille d’un litre d’huile et qu’elle a tout utilisé. Marie, une copine de Mopti, est venue partager ce bon repas avec nous ; on se régale et tout le monde est ravi. Pour finir, chacun à le droit à son coca (qui fait office de dessert pour le repas malien), et là, c’est encore plus la fête !! Idrissa arrive un peu plus tard et mange les restes. Comme nous n’avons pas l’estomac assez plein (!!), nous finissons la journée en mangeant du gâteau à la banane : à bas la diététique ! |