Nous sommes déjà le 4 août (joyeux anniversaire Alexis !), et bien de choses se sont passées depuis la dernière lettre écrite par Aïssata début juillet. Par où commencer ?
Commençons par la fin : depuis mercredi matin, notre maison de Sévaré est bien calme. Delphine est rentrée en France (au grand regret de sa grande sœur…). Vincent, Marie-Claire (la sœur de Vincent) et Céline (une copine de Marie-Claire), sont partis à Dakar pour voir la famille de Céline qui habite là-bas.
Je profite de cette accalmie pour me remettre au boulot avec plus d’enthousiasme et de bonnes résolutions ! Je suis en train de me reconvertir en prof de SIG (Marie et Nelly, rigolez un bon coup, après ça ira mieux). Ca me plait bien, sauf quand je me fais coincer par mes élèves, mais j’apprends plein de choses avec eux donc c’est très bien. Une nouvelle période de vagabondage dans la région approche aussi ; il s’agit d’organiser des ateliers de restitution de la carte pastorale dans chacun des huit cercles. Seul problème : les déplacements deviennent assez sportifs, embourbements garantis !
Mais revenons plutôt à nos deux semaines de vacances, dont je ne garderai que les moments les plus importants, sinon ça sera beaucoup trop long. Tout d’abord, je vais vous présenter l’équipe :
Delphine, ma sœur, surnommée Aïssata Ba, comme elle vous l’a expliqué dans un précédent message : premier séjour en Afrique, premier grand voyage, beaucoup d’attentes, elle veut tout faire et tout voir !
Marie-claire, ou Marie, la sœur de Vincent, surnommée Fanta Saye par son frangin : après l’entraînement du Maroc en 2005, découverte de la « vraie Afrique » ! Photographe avec un projet-photo financé par la mairie de Paris : « les expatriés français au Mali » (et oui, on est des vraies stars).
Céline, une copine de Marie, ou Maymouna, son prénom sénégalais : on ne compte plus ses séjours en Afrique de l’Ouest mais le Mali est une nouveauté pour elle !
Boubou et Aminata, inutile de refaire les présentations : guides, logisticiens, interprètes (bambara, peul, dogon de la falaise).
Tout commence le 13 juillet au soir : je rentre du boulot, fatiguée après une réunion pénible, encore légèrement malade du ventre (comme c’est original), un peu découragée par la tournure que prend le projet, bref, il était temps que les vacances arrivent…
Le lendemain, 14 juillet, nous organisons une fête africaine pour l’arrivée de Marie et Céline à Sévaré. La VRAIE fête africaine, c’est l’égorgeage du mouton. 80% de l’équipe n’a pas très envie d’assister à la scène de meurtre de l’animal donc j’emmène Aïssata, Fanta et Maymouna de bon matin faire un pique-nique petit dej sous un baobab, à quelques kilomètres de Sévaré. C’est là que nous rencontrons un vieil agriculteur, qui laboure son champs aidé de toute sa famille. On discute, on lui offre une photo faite avec le l’appareil photo polaroïd de Vincent et il nous donne du raisin sauvage. L’endroit est très agréable, on serait bien restées plus longtemps, mais Vincent me télépone : le mouton est acheté, égorgé, dépecé, coupé et presque cuit. Il est temps de se mettre à table !
Balikissa a préparé un grand plat de riz-sauce délicieux ; tout le monde s’installe autour du plat familial et commence à manger de bon cœur, en engouffrant de grosses poignées de riz ! Après le repas, on ouvre les bouteilles de coca, et là, c’est la fête. Vieux a du mal à s’enfiler les 33 cl mais il a quand même une bonne descente pour ses 5 ans ! Ensuite, c’est l’heure des cadeaux, apportés par les 3 invitées : un pull et une moustiquaire pour Abdoulaye, une bague, un t-shirt et un joli petit sac blanc pour Balikissa (elle était folle de joie, « oh, pour aller à Mopti ! »). Avec son boubou blanc, elle est très élégante ! Il y aussi des livres pour les enfants, une corde à sauter pour Oumou (voir photos) et de la pâte à modeler pour Vieux (premier réflexe en ouvrant le paquet, tiens on va goûter ce truc, ça a l’air bon !). On a tous bien mangé et partagé un très bon moment avec notre famille adoptive. Les photos de l’égorgeage du mouton sont assez moches, je ne les ai pas mises sur le blog, mais si vous voulez vraiment les voir, il faut réclamer !
Dimanche matin, en route pour Douentza ! Notre mini-bus est beaucoup plus confortable que celui que nous avions pris pour faire le même trajet en décembre, mais nous sommes quand même un peu tassés… Nous logeons ensuite chez Antoine (le troisième larron de l’expédition au col de la soif à Hombori en avril).
Il faut savoir que la grande fierté des habitants de Douentza, c’est de cohabiter avec des éléphants, mais pour les voir, il faut se lever de bonne heure ! Pendant l’hivernage, ils s’en vont vers le Burkina, autant dire que ce n’est pas la bonne saison. Le lendemain matin, je vais passer le bonjour à un collègue du service de l’élevage de Douentza, qui suit les éléphants de près. Il me dit que les éléphants sont à 30 kilomètres de Douentza, et nous propose de nous emmener les voir.
Voilà donc un nouveau membre de l’équipe, que je vais vous présenter :
Issa Guindo, grand dogon, chef du service local de production et industrie animale de Douentza et grand ami des éléphants. Grand blagueur aussi. Un jour à Mopti : « bon Cécile, je dois vite rentrer à Douentza, il y a une éléphante qui a mis bas, il faut que je récupère le lait ». Ou encore, à Douentza cette fois : « ah Cécile, tu es là, je vais sortir le lait d’éléphant du congélateur ! »
Il faut aussi louer un 4*4. Chauffeur, surnommé « le Géant » par Maymouna, vient se joint à nous pour partir à la recherche des éléphants. Départ au « petit soir » pour aller rencontrer les éléphants au bord d’une marre, à 40 kilomètres de là, près du village de Deberé. Tout le monde est aux aguets ; Issa monte sur le toit du 4*4 pour mieux voir les environs. Delphine le rejoint bientôt. Bien que Chauffeur avance à vitesse réduite, les fesses de ma petite sœur en souffrent encore…
Chauffeur repère des crottes d’éléphants, d’une taille assez incroyable : les bouses de vaches sont ridicules à côté. On est sur la bonne piste. Issa aperçoit ensuite des traces d’éléphants, mais alors des traces ENORMES !!!! On imagine déjà la bête… Le troupeau est bien passé par là depuis la dernière pluie. Après avoir tourné en rond et interrogé les bergers, on se rend à l’évidence : les éléphants sont partis plus loin, on ne les verra pas ce soir. Issa et Chauffeur sont plus motivés que jamais : demain, on verra les éléphants, même s’il faut les chercher jusqu’à la tombée de la nuit !
Lendemain matin, 4 heures, tout le monde est sur le pied de guerre. Chauffeur vient nous chercher et nous avons ensuite bien du mal à réveiller Issa, qui dort du sommeil du dogon. Nous partons en direction de Tombouctou puis nous quittons rapidement la piste. A nous les éléphants ! En s’arrêtant dans un hameau, nous kidnappons un berger peul pour nous guider vers les bêtes sauvages. Nous l’avons surnommé « GPS peul » (référence à un épisode précédent pour ceux qui ont bien suivi). Cette fois-ci, tout le monde somnole un peu car la nuit a été courte. Un autre berger nous indique que les éléphants sont dans le coin ; voilà qui nous réveille un peu. Encore un marigot à traverser et c’est bon, mais voilà que le 4*4 se retrouve profondément embourbé… On creuse, on met des branches d’arbres sous les roues, on pousse, on tire, rien à faire. Les éléphants doivent bien se marrer, mais nous, on ne rigole plus trop : ils vont nous filer sous le nez ! Issa nous explique que les éléphants ne s’aventurent jamais dans les zones argileuses, car comme ils n’ont pas de grilles, ils glissent et se cassent la gueule. Merci l’argile ; les éléphants ne viendront pas perturber le sauvetage du 4*4. Deux heures plus tard, Chauffeur est intégralement recouvert de boue, mais la voiture est sortie du marigot. Ouf ! Nous voilà repartis. On roule, on roule, on se décourage un peu. Il est trop tard, les éléphants sont partis, c’est foutu… C’est au moment où tout le monde commence à s’endormir que Issa nous dit qu’il vient de les voir à la limite d’un bosquet. Grosse bousculade pour sortir de la voiture : en effet, on aperçoit au loin, très loin, deux taches marrons, puis une trompe qui bouge. On laisse la voiture pour s’approcher à pied, accompagné de Chauffeur. Il faut toujours avancer dans le sens du vent pour que l’éléphant ne sente pas notre odeur, et surtout ne pas faire de bruit. On s’approche, la tension monte… on s’approche encore… Soudain, on entend des feuilles qui s’agitent et on sent le sol trembler !! On fait encore quelques mètres sans rien voir. Caché derrière un buisson, on aperçoit deux éléphants, à 50 mètres de nous.
C’est dans ce genre moment que l’étude des comportements de chacun est intéressante. Delphine et Marie, sont devant, n’écoutant que leur courage, prêtes à mitrailler de photos (rappelons que Marie est photographe et que Delphine a toujours rêvé d’être photographe animalier ! ). Vincent est quelques mètres derrière et filme la scène. Céline et moi, encore un peu derrière, sommes mortes de trouille, demandent aux autres de ne pas trop avancer. N’oublions pas que ce sont des animaux sauvages…
Au retour, nous faisons la connaissance d’un jeune peul, chez qui nous décidons d’aller prendre le thé. Arrivé chez lui, nous changeons d’avis : un abris de branchages d’un mètre carré, c’est un peu petit pour prendre le thé à 8… Il nous offre une calebasse de lait que Maymouna s’apprête à engloutir ; je lui déconseille fortement (le lait de brousse non bouilli pour un estomac de française, même de père sénégalais, c’est assez terrible à mon avis). On repart pour aller boire notre thé sous un arbre un peu plus loin.
Retour sans encombre à Douentza, après avoir traversé un océan de boue (voir film de Delphine).
Le soir même, nous devons prendre « le bus de 18h » pour Gao. On nous précise que, comme son nom l’indique, le bus partira à 19h30. Un orage phénoménal éclate au-dessus de notre tête, il pleut à torrent. Le bus arrive à 2h30 du matin, plein à craquer. On monte en force et on fait la première heure du trajet assis dans l’allée centrale, certains sur des bidons, d’autres par terre. J’arrive quand même à dormir, alors que mes voisins me donnent des coups de genoux dans la tête, mais la fatigue est plus forte (souvenez-vous, on s’est levé à 4 heures du matin).
Nous voilà le lendemain matin à Gao, après avoir traversé des zones désertiques magnifiques. Nous logeons chez Julien, un autre volontaire. Comme il est parti travailler lorsque nous arrivons chez lui, sa voisine nous prête une natte et des oreillers, et nous nous écroulons de fatigue sur la natte, dans la rue, devant chez Julien. Celui-ci ne tarde pas à arriver et nous accueille dans sa grande maison.
Gao est une ville agréable, au bord du Niger. Nous avons passé de bonnes soirées avec les volontaires, nous sommes montés en haut du tombeau des Askia à l’heure de l’appel à la prière (on en a pris plein les oreilles), et surtout pour finir, nous sommes allés jusqu’à la dune rose en pirogue puis nous sommes montés en haut. Moment fort du séjour : la dune rose qui surplombe le Niger est vraiment superbe (et les photos de Marie aussi).
Delphine et moi quittons Gao à midi pour aller à Hombori, tandis que Vincent, Marie et Céline restent un peu plus longtemps sur place pour rentrer ensuite directement à Sévaré. Arrivées à Hombori, nous nous installons dans un petit campement vraiment sympa, géré par une famille de chrétiens (il y a des bibles dans toutes les chambres !). Assise sur la terrasse, Delphine me dit : tu vois ce qu’il y a sur le muret là-bas ? Il y a un ski ! Intriguées, nous nous approchons et nous questionnons un gars qui boit le thé à côté. Mais pourquoi il y a un ski ici ? Ca vient d’où ? On apprend que ce sont des italiens venus skier dans les dunes, qui ont troqué leur vieux skis contre des statues. Maintenant, l’antiquaire loue les skis et accompagne les touristes dans les dunes pour une expérience assez étonnante. On se regarde, éberluées : impossible de passer à côté d’une occasion pareille. Le lendemain, il faut faire du ski dans les dunes !
Il ne faut pas pour autant oublier l’objectif du séjour à Hombori : monter au col de la Soif. Départ à 5h30, avec deux litres d’eau chacune, des bonnes chaussures et de quoi manger. Après un petit dej en regardant le lever du soleil, grande déception : l’appareil photo de Delphine ne fonctionne plus. Pas de photos de la balade, et surtout impossible d’immortaliser nos exploits sportifs à venir, personne ne nous croira jamais…
Au bout de deux heures de marche à l’ombre dans la fraîcheur du matin, nous arrivons au col. La vue est toujours aussi belle, et même plus belle qu’en avril car les pâturages sont verts et les rivières coulent ! Delphine monte encore de quelques dizaines de mètres et moi je décide de faire une petite sieste sur les cailloux. Je suis ensuite réveillée par le froid !! Nous redescendons rapidement et après une bonne douche, nous terminons notre nuit dans des lits confortables.
L’après-midi est gris et orageux. Omar, le loueur de skis a confié la clé du magasin à un ami qui est assesseur dans un bureau de vote en brousse et qui ne rentrera qu’à la nuit. Il faudra donc attendre le lendemain matin pour aller skier. En attendant, nous passons une bonne partie de l’après-midi dans un magasin d’artisanat, où Delphine négocie comme une commerçante bambara. Elle ressort donc avec une cargaison de beaux colliers, sans se ruiner.
Lendemain matin, rendez-vous à 6 heures pour partir skier. Le bus pour Sévaré part vers 9 heures, ça ne nous laisse donc pas beaucoup de temps. Nous faisons la marche d’approche au pas de course. Arrivés au pied des dunes, Omar ouvre sa cabane et nous sort deux paires de vieux skis, dignes du grenier d’Habère-Poche. Des gamins se précipitent pour les porter. Imaginez la scène : une bande de petits maliens, portant chacun un ski sur la tête, traversant des champs de mil en direction des dunes. Inoubliable. Une fois tout en haut, nous nous lançons face à la pente pour se laisser glisser doucement sur le sable. Le panorama sur le mont Hombori et la Main de Fatma est superbe, et le moment est unique. Nous faisons trois fois la descente, en tentant de faire de la godille, mais bon, ça serait mieux avec mes skis paraboliques !!
Nous achetons quelques bracelets aux enfants qui nous ont porté nos skis. Un petit souvenir de cette matinée pas banale.
Retour à Sévaré, un peu fatiguées. Il faut déjà se préparer pour le pays dogon. Départ le lendemain matin à 6 heures… Comme les pluies ont emporté le pont de la route goudronnée qui va à Bandiagara, nous sommes obligés de faire un gros détour. La piste est en mauvais état, le mini-bus est plein à craquer, les bancs en bois font mal aux fesses. Après deux heures et demi de route, nous voilà à Bankass. 12 kilomètres dans un camion nous conduisent ensuite à Kani-Kombolé, où nous retrouvons Idrissa, nous ami guide. Avec lui, nous allons passer 4 jours de folie, car celui que l’on surnomme « le rasta fou » est un sacré personnage.
Nous commençons la randonnée dans un charrette tirée par la vache d’Idrissa. Aissata préfère monter sur le dos de la vache, que l’on décide d’appeler Delphine. Delphine et Aissata nous emmènent jusqu’à Endé, le village natal d’Idrissa. Le pays dogon est vraiment superbe en cette saison. Tout est vert, il y a des cascades qui coulent du haut de la falaise, les baobabs ont des feuilles, le mil commence à pousser, le paysage se reflète dans les grandes flaques d’eau, c’est magnifique. Maymouna a déclaré : « on se croirait au paradis ».
Arrivés à Endé, nous nous installons dans un campement assez luxueux. Le grand frère d’Idrissa nous propose un massage dogon au beurre de karité. Et voilà comment Maymouna, puis Fanta et Aissata se sont retrouvées allongées sur une natte, au milieu du campement, sous le clair de lune, quasiment à poil, à se faire masser par Alou Guindo. Il paraît que c’était très agréable. Moi je n’aime pas trop me faire malaxer alors j’ai préféré regarder les étoiles sur le toit avec mon amoureux.
Le lendemain matin, nous faisons connaissance de la famille d’Idrissa, nous prenons des photos et Céline essaie de broyer le mil avec une pierre, pour aider la sœur d’Idrissa. Nous montons ensuite dans les hauteurs du village, pour visiter l’ancienne habitation du hogon. (Autrefois, le hogon était le chef spirituel du village). Un peu plus haut, au milieu de la falaise, il y a d’anciennes habitations troglodytes. Idrissa nous explique toutes ses croyances. Inutile de poser des questions, du genre : « Idrissa, comment ils ont fait pour construire des habitations dans un coin pareil ? ». La réponse est simple : « mais c’est la magie ! ».
Nous marchons ensuite jusqu’à Dioundourou, où Idrissa nous a choisi un campement très « roots ». En effet, un peu à l’écart du village, il n’y a que deux pièces minuscules avec des nattes et des matelas, le tout construit en banco. L’orage menace, il va pleuvoir fort ce soir.
Idrissa réunit les villageois pour une soirée contes. Encore un moment mémorable. Pour mettre de l’ambiance, Idrissa explique : « il y a un homme qui achète une vache pour la manger. Chacun doit choisir un morceau ». Tour de table, chacun choisi un morceau : les yeux, la queue, une patte, etc. Et puis c’est fini ! Ensuite, Idrissa raconte le premier conte, qui est en réalité plutôt une énigme. Je ne m’en souviens plus, mais la seule chose que j’ai retenue, c’est qu’on a encore beaucoup de mal à comprendre l’humour malien. Deuxième conte : « on donne un million à un cultivateur et à un chasseur. Comment font-ils pour se partager ce million ? ». Chacun réfléchit, émet des hypothèses, puis Idrissa donne la réponse : « le cultivateur donne le mil et le chasseur donne le lion ». Eclat de rire général.
Du côté de Maymouna, les racines africaines ressortent. Elle propose à son tour un conte qu’elle vient d’inventer. « Un homme a plusieurs centaines de femmes. Il a très peu d’argent, mais chaque année il offre à chacune de ses femmes une très belle robe. Comment fait-il ? ».Chacun réfléchit. Maymouna explique : « l’homme est un baobab ; chaque année il donne des centaines de belles fleurs ». Le conte remporte un grand succès. Félicitations Maymouna !
Il es temps d’aller se coucher. Vincent et moi décidons d’aller dormir sur la terrasse, malgré les risques de pluie. Pour monter sur la terrasse, il faut emprunter un escalier dogon, c’est-à-dire une espèce d’échelle franchement casse-gueule. Ce qui devait arriver arriva : au bout d’une demi-heure de sommeil paisible sous les étoiles, nous sommes réveillés par la pluie, et il faut vite descendre par l’escalier dogon. Nous nous installons dans une des deux chambres. Delphine, Céline et Marie ont choisi l’option « hangar », c’est-à-dire dormir à même le sol sous un abris en bois recouvert de paille. Le sol est rapidement inondé et elles sont rapatriées dans la cuisine dégueulasse qui pue la suie. J’entends ensuite une série de hurlements ; j’apprendrai le lendemain matin qu’un crapaud était rentré dans la pièce, qu’un gros cafard avait escaladé l’une d’entre elles, et j’en passe. La cuisine est à son tour inondée, et elles émigrent avec Idrissa dans la chambre à côté de la notre. Au bout d’une demi heure, nouvelle série de cris : une cascade de banco dégouline dans un coin de la pièce. Il pleuvait tellement fort que j’ai cru que le toit allait s’écrouler. Le lendemain matin, je retrouve les 4 malheureux, les uns sur les autres, sur des matelas trempés… Ils se souviendront de leur nuit à Dioundourou dans le « campement roots » !
Aujourd’hui, nous marchons sur des chemins sableux, il fait gris et il pleuviote. Ambiance chemin des douaniers en Bretagne ! Nous arrivons à Guimini où le campement choisi par Idrissa est un campement d’éleveurs transhumants avec des huttes peules en paille. Comme la pluie menace encore et que certaines ont assez envie de dormir au sec cette nuit, nous émettons quelques doutes sur l’étanchéité de nos « chambres ». D’un autre côté, l’endroit est tellement sympa, au milieu des dunes, avec la vue sur la falaise… Nous resterons là pour la nuit. On nous sert du bon lait, bien bouilli, sucré, un vrai régal (ah merci les peuls, heureusement qu’ils sont là…). Après une partie de jungle speed endiablé avec Idrissa, et une douche au clair de lune, nous passons une nuit délicieuse dans nos huttes peules.
Le lendemain, il faut remonter la falaise vers Dourou, où nous retrouverons la piste qui va à Bandiagara. Le chemin est raide mais la vue est magnifique et les escaliers dogons viennent mettre du piment à l’ascension. Retour à Sévaré à la tombée de la nuit.
Après quelques derniers achats à Mopti avant de partir, chacun fait sa valise et la maison se vide petit à petit… Et me voilà tout seule ! Ca y est, j’ai fait le tour. Dans deux semaines, Vincent revient avec Emilie et P’tit Jé, deux amis de Marseille. Malheureusement, je ne pourrai pas prendre de vacances, la carte pastorale m’attend et puis il faut bien travailler un peu de temps en temps !
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