Les réflexions du moment, les anecdotes de la semaine

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Mali - Sévaré
de Cécile, le 28-01-2007

Les réflexions du moment, les anecdotes de la semaine

Mopti, un autre « centre du monde » ?

Toute la famille Larger/Rufat/Gourio sait bien que Habère-Poche est le centre du monde. Cette vérité indiscutable s’est d’ailleurs à nouveau vérifiée il y a quelques semaines : notre copine Blandine de Sévaré qui est rentrée en France, y va souvent pour skier (je lui ai indiqué le chemin pour venir vous faire un petit coucou surprise à l’heure du goûter en février).

Et bien voilà, Mopti est aussi le centre du monde : nous avons déjà eu la visite improbable de l’épicière niçoise de Marie-Ange et Florian et d’une copine d’Emmanuel qui nous a livré du fromage, du saucisson et du chocolat. Je travaille avec une marseillaise qui a fait sa maîtrise de géographie à Aix avec Sylvain, et d’ici quelques jours, j’attends la visite d’Anne Berson, une copine de Marseille qui travaille aussi au Mali. Pas mal, non ? Sans compter sur l’arrivée prochaine des parents de Vincent, la visite de Delphine, Chamich, Guillaume, Marie-Claire et Baptiste cet été (on compte sur vous !), et la venue de tous ceux qui promettent toujours, qui ont envie, qui voudraient bien, qui y pensent, que ça démange un peu… mais qui sont encore loin des rues poussiéreuses de Sévaré !! Encore une fois, on vous attend…

Mopti, un petit air de Marseille…

A Marseille, on aime bien dire « ici c’est déjà un peu l’Afrique », d’un ton mi rêveur, mi moqueur, voire limite xénophobe parfois. Cette petite phrase est pourtant assez juste, parce que je trouve que Mopti et Marseille ont certains points communs. Un port en plein centre-ville, avec une délicieuse odeur de poisson (beaucoup plus forte ici), une bonne ambiance où tout le monde se bouscule et crie dans tous les sens, des déchets partout, plein de commerces et de trafics en tout genre, une circulation totalement folle et qui rend fou, un respect du code de la route plus qu’approximatif… Bon, ici ils ne peuvent pas griller de feux rouges pour la bonne raison qu’il n’y en a pas, mais j’ai quand-même réussi à me faire engueuler parce que j’avais grillé un stop. C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la Charité !! Et encore ce petit air frais au bord de l’eau, ce soleil toujours au rendez-vous sauf quelques jours de brume de poussière parfois. Notons tout de même que la Méditerranée est plus fidèle que le Niger ; d’ici quelques mois, Mopti ne sera presque plus entourée d’eau… Il fera trop chaud, on aura soif, on rêvera de se baigner pour se rafraîchir mais ça ne sera pas possible… et là les Marseillais, vous penserez à nous très forts ! Et puis les Normands, les Bretons et les Niçois, vous pourrez vous y mettre aussi.

Mais nous cette fois-ci, nous sommes un peu comme des Aixois ; des petits bourgeois à 15 kilomètres de la grosse ville, du bruit et de l’odeur ! Honte sur nous… Détail important : pas de cagole à Mopti… dommage, ça manque un peu.


Les dogons, de joyeux lurons.

Mardi, j’avais des rendez-vous à Bandiagara, à 60 kilomètres de Mopti, aux portes du pays dogon. Vincent m’a accompagné ; dès qu’il dit qu’il s’appelle Vincent Saille, tout le monde comprend Vincent « Saye », un nom dogon très courant dans le village de Tireli, à quelques kilomètres. Le président de l’assemblée régionale de Mopti, un dogon, nous avait préalablement expliqué que les Saye étaient des paresseux, des gaspilleurs, des mauvais travailleurs et des imbéciles. Les dogons ont l’habitude de se taquiner entre eux de cette façon, c’est donc presque affectif !

Nous avons ensuite fait un petit tour à Songho en fin de journée. Pour échapper aux embrouilles à touristes à l’entrée du village, nous avons pris un air très sérieux en leur disant que nous étions en mission de prospection dans la région ; au retour, j’ai sorti un bloc notes et un stylo pour être plus crédible (cf. photo).

Nous nous sommes baladés à travers les petites rues, nous avons enfin vu les fameux greniers dogons (très jolis), et nous sommes montés sur le plateau, d’où nous avons eu une très belle vue sur toute la plaine.

Sinon niveau boulot, ça évolue petit à petit ; grande avancée cette semaine, après deux jours d’atelier de concertation, le contenu de la carte pastorale est peu près défini. J’ai encore appris plein de trucs sur les subtilités de la gestion pastorale (mais je trouve toujours ça aussi compliqué). Pour répondre à certains qui ne me trouvent pas très bavarde sur le sujet, il est vrai que je ne raconte pas grand chose, mais je ne me suis toujours pas remise des contraintes de confidentialité paranoïaques de mes ex-chefs à Paris. Ici les enjeux sont différents, plus politiques, mais bon, voilà, je reste discrète.


Changement d’ambiance sur le blog…et puis non

Ce matin en me levant, je n’étais pas de très bonne humeur. Insomnie due à la chaleur (alors que nous sommes censés être encore en saison froide), et due aussi au bruit des motos et des alcooliques du bar d’à côté. Ensuite, impossible de se rendormir : portes qui claquent, tempête de poussière dehors, nos colocs qui décident de faire la vaisselle sous ma fenêtre… Bref, je me lève, crevée et un peu agacée. Je me dis que cette fois-ci je vais écrire une page avec tout ce qui ne me plait pas ici, parce que je trouve que notre blog ne montre que le côté positif du pays, de notre vie, et qu’on fait un peu trop les malins… Bon, je me décide à sortir pour aller au marché et puis tout s’arrange. L’ambiance est bonne, je trouve des mangues bien mûres et les gamines m’en offrent une en cadeau, je salue chacun en bambara et tout le monde se marre, je rencontre les italiennes de Sévaré entre deux étalages de légumes, on papote…

Me voilà rentrée, toute réconfortée et je décide d’écrire des trucs qui vont vous faire rêver (enfin vous me raconterez, surtout Amélie !!), mais moi ça me fait bien rigoler. Et oui, ce qui fait rêver les gens en Afrique, ce sont les grands animaux de la savane, les lions couchés sous les baobabs, les éléphants balourds qui traversent les rivières, les zèbres galopant dans les hautes herbes dorées, les caïmans au bord du marigot, les hippopotames sur les ronds-points de Bamako… (un grand merci à Marie-Claire, tu nous as fait tellement rire…). Concrètement, moi pour l’instant, je n’ai observé que des vaches avec des grandes cornes et une bosse de graisse sur le dos, des chèvres, des moutons, des poules, des coqs, des dromadaires, des cochons, des chiens maigres, des ânes, des geckos, des margouillats, quelques chouettes et c’est tout. Et pourtant, on me raconte des super histoires : en décembre, le gouverneur (= préfet) de la région est allé dans le pays dogon pour « caresser » les caïmans (photo à l’appui, avec l’uniforme et tout et tout, difficile de retenir un gros fou rire). Ensuite, le directeur régional des services vétérinaires me raconte qu’il doit rentrer en urgence à Douentza pour aller voir un éléphant qui vient de mettre bas et récupérer son lait (ça je ne sais pas si c’était du lard ou du cochon. Wallaye, qu’est-ce que je viens de dire… Que dieu me prête longue vie hamdoullah). Lors de l’atelier de lancement de la carte pastorale, la question des troupeaux d’éléphants a tout de même été évoquée ; problème, il n’y a pas de berger, donc leurs déplacements sont totalement incontrôlables !!! Que faire…

Bon voilà, ici tout va bien, sauf qu’il fait un peu chaud à mon goût pour un jour de saison froide. Vincent supervise toujours le concours de déchets ; ce we encore, il est avec les femmes qui ramassent les sacs plastique, dans la poussière avec les enfants dans le dos. C’est comme ça qu’il passe sa journée à guetter l’apparition d’un sein par-ci par-là ; il a même failli recevoir une giclée de lait maternel tout chaud directement dans la bouche !!!! (Véridique, enfin c’est ce qu’il raconte, je n’ai pas encore de témoin à ce jour…)

Nous attendons avec impatience l’arrivée des responsables de l’AFVP de Bamako, pour discuter un peu de notre avenir. Hier soir, Vincent se demandait ce qu’il allait devenir quand les concours de déchets seraient finis… En attendant de trouver une réponse à cette question existentielle, nous avons mangé plein de fromage, de saucisson et de chocolat pour nous remonter le moral. En temps normal, les règles sont très strictes : nous mangeons à chaque repas, soit un bout de fromage, soit quelques tranches de saucisson, soit un petit carré de chocolat, mais pas tout en même temps, il faut gérer la pénurie. Mais bon là, à circonstances exceptionnelles, portions exceptionnelles ! Merci Papa, Maman, Emmanuel, Bernadette, la vache, le cochon, et le cacaoyer… A quand une usine côté d’Or à Sévaré ?? Notre retour en France en avril devient de plus en plus incertain, alors il faudra apprendre à se passer de chocolat encore un peu plus longtemps.

Rassurez-vous, tout va bien, c’est toujours moi qui gagne aux dames… Le président de l’assemblée régionale avait peut-être raison !!

Quelques photos à l’intérieur de la maison en bonus.

Toutes mes excuses pour ceux qui n’ont pas tout compris ; je suis disposée à répondre aux questions…C’est où Habère-Poche, c’est quoi un margouillat, c’est quoi une cagole, pourquoi je vis avec un Saye si ce sont tous des imbéciles…etc. Et surtout toutes mes excuses à la famille Saille, avec tout le respect que je leur dois.

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