Tombouctou 26 heures

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Mali - Tombouctou
de Vincent, le 10-01-2007

Tombouctou 26 heures

Mode d’emploi pour emprunter les transports en commun en Afrique : il faut se pointer à 6 h ou 7 h à la gare et attendre que la voiture ou le mini-bus ou dans notre cas, le camion aménagé, soit plein. 10h : départ pour Douentza, situé à 200 km de Mopti. D’après le chef de gare, il faut au maximum 3 h de route (temps que nous avons effectivement mis). Le camion est une sorte de Renault trafic avec des bancs en bois disposés tout autour à l’intérieur, et deux roues de secours posées par terre servant également de sièges. Cécile et moi, accompagnés d’environ 23 personnes, sommes confortablement entassés dans ce « bus » où des fenêtres ont été soigneusement découpées au tournevis dans la tôle. Avec nous, il y a un couple de français qui fait le tour du monde depuis 18 mois. Ils sillonnent les sites d’escalade et financent une partie de leur voyage en écrivant des articles pour un magazine d’escalade (Cathie et Julien, magazine Grimper, pour ceux connaissent).
Marie-Claire, c’est dommage car leur périple se termine fin janvier donc pas de possibilité d’accompagner leurs articles de photos !

Une fois arrivés à Douentza, nous décidons d’y passer l’après-midi et la nuit afin de visiter cette ville et les environs rocailleux (série de portraits des fillettes peules en sépia). L’après-midi, nous réservons nos places dans un véhicule pour nous rendre à Tombouctou. Il s’agit d’un 4*4 collectif (13 places assises, plus une sur le toit). Le chauffeur nous dit de venir à 6 heures le lendemain matin.
Après une nuit sur le toit- terrasse d’une auberge et un petit déjeuner composé d’une omelette et d’un café au lait (oui MC c’est bien du Nescafé ou une sous marque !), le tout englouti en deux minutes sur le bord du goudron, car le chauffeur nous fait signe. Il est 7 heures, nous constatons que nos places sont les plus inconfortables du véhicule (sans compter la place sur le toit bien sûr !). Nous sommes tout au fond, ma tête touche le plafond, j’ai une fesse dans le vide, je suis contre la porte arrière qui ne ferme pas donc en première position pour avaler des mètres cube de poussière (Casdédi à Lakotas ;-)) ! Et tout ce luxe naturellement au même prix que ceux qui sont installés à l’avant… Il y a de l’arnaque dans l’air…

Nous voilà parti ! 15 minutes plus tard ou 5 km plus loin, le chauffeur s’arrête pour remettre de l’eau dans le radiateur. 5 km plus loin, nouvelle pause pour vérifier les niveaux et trouver une solution au capot qui ne tient pas fermé ! Tous les 5 km , nous nous arrêtons pour remettre de l’eau dans le radiateur ! Mais où part toute cette eau ? Ce n’est pas une fuite, c’est une cascade qui coule sous le radiateur. Ce qui devait arriver arriva : Il n’y a plus d’eau ! Nous interceptons les voitures et les bergers se baladant à dos de dromadaire pour leur prendre de l’eau. A 13heures, nous arrivons enfin au premier village depuis notre départ, nous sommes à mi-chemin (100 km de Tombouctou). Nous sommes le dimanche 24 décembre, le repas du midi est composé de riz et de gras de mouton avec beaucoup de sauce, hummm ! Pendant ce temps-là, le chauffeur et son apprenti (c’est lui qui a la chance de voyager sur le toit) sont partis pour réparer le radiateur : soudures un peu partout. 15 heures : c’est le départ, nous reprenons nos places, remettons nos chèches et nos lunettes, réinstallons le « mikado » de jambes avec nos voisins d’en face. 5 km après le départ, le véhicule s’arrête à nouveau ! L’apprenti saute du toit avec un bidon et ouvre le capot…Et c’est reparti comme ça jusqu'à ce que l’eau vienne à manquer. Il est 17h30, presque plus de voitures à l’horizon, tous les bidons d’eau sont vident. Cécile et moi avons deux litres d’eau mais comme nous ne pouvons pas boire l’eau des puits, les passagers nous conseillent de garder notre eau. Nous n’avons rien à manger… Le plan d’urgence est déclaré : évacuation des femmes et des enfants ! Les quelques voitures qui passent permettent d’évacuer trois femmes et un bébé d’un an.
Les nombreuses pauses permettent faire connaissance avec les autres passagers : « Chauffeur », « Apprenti », « Chercheur », Mohamed, « la Dogone », Cissé, « l’homme travaillant à Handicap International »…
« Chercheur » (un Tchado-malien chercheur en histoire, qui va à Tombouctou pour travailler à la grande bibliothèque des archives) tente de boucher les trous du radiateur avec du savon et du coton… pas très concluant…

Le chauffeur d’une autre voiture explique au chauffeur et à l’apprenti qu’il faut mettre de la bouse de vache pour boucher les trous du radiateur. Tout le monde part donc à la recherche de bouse de vache…(je vous rappelle que nous sommes en pleine brousse, au milieu de rien). Ils finissent par en trouver, la bouse finie dans le radiateur, diluée avec un peu d’eau… Nouvel échec ! Une demi-goyave plus tard, une voiture s’arrête. Chauffeur et Chercheur expliquent notre histoire et le conducteur répond : « Mais vous avez tout gâté !! Ce n’est pas de la bouse de vache qu’il faut mettre !!! C’est du crotin de mule !!! ». Il nous offre un peu d’eau avant de repartir. Chacun part alors à la chasse au crotin de mule. Après une dilution, on s’aperçoit que le résultat n’est guère plus satisfaisant. Il est 18h30, la nuit est tombée, nous allumons un feu et nous nous apprêtons à dormir là, au bord de la piste, en pleine brousse, avec plus rien à manger et deux litres d’eau pour 8… Nous sommes le soir du 24 décembre, à l’heure qu’il est vous êtes tous en train de préparer votre festin, et nous, on se prépare à jeûner jusqu’au le demain… Le moral est bon mais l’estomac est mécontent.

C’est alors que les phares d’une voiture apparaissent au long ; comble du miracle, le chauffeur nous prête un tube de colle glu ! Un petit coup de glu plus tard, nous quittons notre campement de fortune, avec quelques maigres réserves d’eau. Heureusement, Chauffeur connaît des points d’eau sur la route. C’est à la lueur des phares du 4*4 qui tiennent avec du fils de fer (ils ne tarderont pas à tomber…) que Chercheur et Mohamed se précipitent vers le premier puits pour remplir des bidons d’eau, pour eux et pour la voiture. Après encore quelques arrêts, nous arrivons au bac à 21 heures. Tombouctou est juste de l’autre coté du fleuve Niger, à 15 km en face de nous… Malheureusement, le dernier bac est parti à 19 heures ; pour le prochain, il faudra attendre le lendemain matin à 6 heures… Inch Allah…

Il est 21h30, nous sommes au bord du fleuve. A côté de l’embarcadère, il y a 3 tentes dont une sert de « restaurant » (une petite gargotte comme on les aime). Le restaurateur nous propose du riz et du poisson frit ou du mouton (= gras de mouton). Et là, Cécile sort de son chapeau une petite boite de fois gras ! C’est donc là que nous avons fêté le réveillon de Noël, autour d’un coca, d’un café au lait et de fois gras chaud étalé sur du pain saupoudré de sable. JOYEUX NOEL !!!
La nuit sur une natte fut la bienvenue…

Le lendemain matin, finies les mauvaises surprises, le temps de traverser le fleuve et de parcourir les derniers kilomètres, nous arrivons à Tombouctou vers 9 heures. Nous avons donc parcouru les 200 km qui séparent Douentza et Tombouctou en 26 heures… Bonne moyenne !

Après quelques réflexions sur le déroulement de ce voyage, je me pose quatre questions existentielles :
- Pourquoi le chauffeur est-il parti avec 20 litres d’eau pour parcourir 200 km en pleine brousse, alors que son radiateur en consommait 20 litres tous les 5 km ?
- Pourquoi les Maliens qui étaient avec nous et qui connaissent bien les aléas de ce genre de voyage n’avaient-ils ni à boire ni à manger ?
- Pourquoi personne n’a-t-il fait un scandale ou s’est énervé contre Chauffeur ? Et pourquoi l’ambiance était si détendue et conviviale, alors que nous étions les seuls en vacances ?
- Quelqu’un a-t-il vu l’épisode de McGiver où le radiateur de sa jeep fuit ? Comment s’en sort-il ?


Je finirai juste par dire que Tombouctou est une ville impressionnante car le sable est vraiment partout ! Les rues sont pleines de sable comme dans le film Peut être de Cédric Klapish avec Romain Duris et Belmondo. Il y a juste une route goudronnée qui reste en surface grâce à un balayage tous les trois mois.

Tombouctou, suite des aventures : nous logeons dans une immense maison magnifique d’une volontaire comme Cécile, qui était en vacances en France à ce moment. Elle nous a prêté les clés de sa Yamaha DT 125. Trop la classe ! Nous voilà partis en DT dans les dunes de Tombouctou ; un nouvel incident ne tarde pas à arriver ! Sur une piste à 10 km de la ville, la roue arrière crève ! Cécile m’abandonne rapidement et part en stop avec un automobiliste sympa qui n’hésite à couper à travers les dunes pour la ramener à bon port. Et moi, de 16h à 18h, je parcours tranquillement la piste en 1ère pour ne pas trop abîmer le pneu. Merveilleux coucher de soleil, mais pas d’appareil photo. A l’entrée de la ville, je trouve des mécaniciens. 3 heures plus tard, soit à 21 heures, je repars en moto : le mécanicien a eu le temps d’éclater deux chambres à air en remettant le pneu avec un tournevis, de se battre violemment avec un de ses collègues à cause de ma chambre air, et de casser une de ses pompes ! Le point positif de ces 3 heures d’attente, c’est que j’étais chez des mécaniciens et que tous les chauffeurs des 4*4 des agences touristiques passent par-là. J’ai donc réussi à négocier avec un chauffeur qui devait repartir seul à Mopti de nous prendre, juste nous deux ! Le luxe, pour le même prix qu’à l’aller ! Après seulement une crevaison et à peine 10 heures de route, nous revoilà à Sévaré.

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